C'est quoi le leadership, au fond?
- Valérie Jacob

- il y a 13 heures
- 6 min de lecture
Je donne un atelier sur le leadership la semaine prochaine.
En vingt ans, j'en ai animé plusieurs, de ces ateliers. Accompagné des dizaines de gestionnaires dans leur développement. Accumulé des heures et des heures sur le terrain, à l'intérieur d'organisations de toutes tailles, à regarder fonctionner — ou dysfonctionner — des équipes.
Donc en théorie, je devrais être en mesure de répondre sans trop hésiter à la question.
Et pourtant.
Ma nature m'amène à constamment me questionner sur ce que je sais, ou pense savoir. Par curiosité d'abord — j'aime trop jaser de ça pour prendre mes réponses pour acquises. Mais aussi parce qu'on me paie pour ce que je pense. Et qu'il y a quelque chose de fondamentalement inconfortable à enseigner ce qu'on n'a jamais pris le temps de revisiter.
Alors en préparant cet atelier, je me suis posé les vraies questions.
Suis-je une leader?
Suis-je une bonne leader?
Et — peut-être la plus dérangeante — en quoi est-ce que je ne réponds pas aux critères d'une bonne leader?
Parce qu'on qualifie souvent le leadership par son intensité : bon ou moins bon. Inspirant ou défaillant. On colle des étiquettes, on dresse des listes de compétences, on distribue des styles comme des uniformes qu'on espère taille unique. Mais rarement est-ce qu'on s'assoit avec l'inconfort de la vraie question : est-ce que moi, là, maintenant, je suis ce que je prêche?
Je t'embarque dans ma réflexion. Pas pour te donner les bonnes réponses. Pour qu'on se pose les bonnes questions ensemble.
Notre sport national s'invite dans la conversation
Plus tôt cette semaine, j'écoutais Claude — mon associé-en-amour-comme-en-affaires — m'expliquer avec l'enthousiasme caractéristique des soirs de match qu'il était impressionné par le leadership du coach de son équipe de hockey.
Le sport, c'est pas toujours là où mon attention se pose naturellement.
Mais ma pensée était déjà tournée vers le thème du leadership, alors j'ai eu ce réflexe que j'encourage chez tous les gestionnaires que j'accompagne : être curieuse de ce qui se passe sous la surface d'une observation. Je lui ai donc demandé de me préciser sa pensée.
Il m'a rapporté trois moments qui l'avaient frappé.
La fois où un joueur a commis une erreur et que les réseaux sociaux hurlaient. Le coach, lui, a pris la parole publiquement pour rappeler que c'est un jeu — en valorisant ce que le joueur apporte, plutôt qu'en amplifiant la faute.
L'accueil d'un septième match comme d'une occasion unique de vivre quelque chose pour la première fois, plutôt que comme un défi à aborder la peur au ventre.
Et devant un but malchanceux causé par un mauvais rebond sur la bande — au lieu de se plaindre de la malchance, le coach avait souri et ramené l'évènement à ce qu'il est vraiment : une situation cocasse et fortuite. Pas un drame. Pas une faille dans la préparation.
Ok, mais pourquoi tu dis que c'est un bon leader? que j'ai demandé.
Il m'a parlé des jeunes joueurs qui progressent rapidement. D'un engagement plus constant dans les matchs, même quand ça se corse. Et surtout — surtout — d'une équipe qui performe mieux que ce qui était attendu selon son stade de développement.
Wow.
N'est-ce pas ce que tout gestionnaire recherche?
Ce qui se passe en dessous
Mais qu'est-ce qui a permis à ces résultats d'émerger?
Ce n'est pas le talent brut. Ce n'est pas un discours motivant de vestiaire. Ce n'est pas non plus une liste de valeurs affichée dans le corridor.
C'est que ce coach a créé un espace sécuritaire.
Un espace où les joueurs sont invités à faire preuve de curiosité et d'initiative — ce qui, nécessairement, génère des erreurs. Mais où l'expérience et l'apprentissage sont valorisés pour produire des résultats plus constants et durables. Un espace où l'humilité se transforme en courage et en résilience, parce qu'elle n'est jamais punie.
Et les effets ne s'arrêtent pas là. Ils se voient — s'entendent — dans les cris d'encouragement des fans, qu'ils soient dans les estrades ou dans leur salon.
Il y a quelque chose de profond dans cette image. Quand une équipe joue dans un espace où l'erreur n'est pas une menace mais une information, tout le monde en bénéficie. Les coéquipiers. L'organisation. Les gens qui observent de l'extérieur.
Dans les organisations qu’on accompagne, c'est exactement ce qu’on voit. Quand un gestionnaire crée cet espace — sans le nommer ainsi, souvent — quelque chose se transforme. L'équipe commence à se surpasser non pas parce qu'elle y est forcée, mais parce qu'elle y trouve du sens.
C'est ainsi que les humains font vivre les structures — et non l'inverse. C'est ce que le terrain me confirme, encore et encore.
Ce que le leadership est — et ce qu'il n'est pas
On confond souvent leadership et titre. Ou leadership et charisme. Ou encore leadership et ancienneté.
Le titre t'amène un poste. L'ancienneté te donne de l'expérience. Le charisme te prête une oreille.
Mais aucun des trois, seul, ne fait de toi un leader.
Ce qui fait un leader — au-delà des théories, des modèles et des cadres conceptuels que j'enseigne depuis vingt ans — ce sont des comportements. Une façon d'être, de faire et de communiquer qui respecte la dignité individuelle, donne confiance, augmente la capacité d'agir des personnes, et améliore la qualité du faire ensemble.
Ce coach de hockey le démontre à chaque interaction :
Il protège publiquement ses joueurs plutôt que de les blâmer. Il communique avec des images simples et marquantes — pas un mémo de dix pages, une phrase qui reste. Il valorise les apprentissages plutôt que de focaliser sur les erreurs. Il accueille les nouveaux défis comme une opportunité joyeuse de vivre quelque chose de neuf. Et il encourage l'autonomie, cette capacité à décider et à agir sans qu'on soit obligé de le demander à chaque fois.
Résultat? Des personnes fières de faire partie de cette équipe. À tous les niveaux.
C'est ça, le leadership en action. Pas la performance de surface. Pas le gestionnaire qui a toutes les réponses. Celui — ou celle — qui crée les conditions pour que les autres trouvent les leurs.
On naît leader, ou on le devient?
La question revient souvent dans mes ateliers. Et je vais te répondre directement : les deux, et ni l'un ni l'autre entièrement.
Certaines personnes ont des dispositions naturelles — une aisance à lire les dynamiques humaines, un instinct pour créer de la confiance, un confort avec l'incertitude. Ce sont des points de départ favorables.
Mais le leadership, ça se développe. Ça s'observe. Ça se pratique. Et surtout — et c'est là où ça devient intéressant — ça se choisit.
Chaque jour, un gestionnaire fait des choix. La façon dont il réagit à l'erreur de quelqu'un. Le ton qu'il prend quand ça se corse. Ce qu'il valorise publiquement versus ce qu'il laisse passer. Ces micro-décisions, accumulées sur des mois et des années, finissent par définir le type de leader qu'il est devenu — qu'il l'ait voulu consciemment ou pas.
Le développement du leadership, c'est d'abord devenir conscient de ces choix.
C'est se demander : quel espace est-ce que je crée autour de moi? Est-ce que les gens osent me dire la vérité? Est-ce qu'ils ont le goût de performer pour moi, ou juste d'éviter de se faire réprimander? Est-ce que mon équipe grandit, ou est-ce qu'elle se ratatine?
Ce sont des questions inconfortables. Ce sont aussi les seules qui comptent.
Suis-je moi-même une bonne leader?
Je t'ai posé la question en ouverture. Je me la suis posée en préparant cet atelier.
Et voici ce que j'ai réalisé : l'honnêteté de la question est déjà un signe.
Les leaders qui ne se remettent jamais en question ne le font généralement pas parce qu'ils sont parfaits. Ils le font parce qu'ils ont peur de ce qu'ils pourraient trouver. Et cette peur-là, elle filtre dans tout — dans leur façon de réagir aux rétroactions, dans la qualité de l'espace qu'ils créent pour leur équipe, dans les résultats qu'ils génèrent à long terme.
Se poser la question honnêtement, c'est déjà être dans une posture de leader.
Accompagner, pas prescrire. C'est aussi valable pour soi-même que pour ceux qu'on accompagne.
L'histoire ne dit pas si j'ai conclu que je suis une bonne leader. Vous demanderez à mes équipiers – ils sont bien meilleurs juges ;).
Mais je sais une chose : je passe du temps à vraiment me questionner. Et ça, c'est ce que je demande à chaque gestionnaire que j'accompagne de faire — pas de trouver les réponses parfaites, mais d'avoir la curiosité et le courage de poser les vraies questions.
Ton premier pas
Prends cinq minutes. Pas pour lire un article de plus sur le leadership, mais pour te demander : dans les situations difficiles des dernières semaines, quel type d'espace est-ce que j'ai créé autour de moi?
Pas en théorie. Dans le concret de ce que tu as dit, fait, et laissé passer.
La réponse que tu trouveras est un meilleur indicateur de ton leadership que n'importe quel modèle en quatre quadrants.
Prêt·e à aller plus loin?
Si cette réflexion a résonné, on peut t’accompagner toi, ou les membres de ton équipe.
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